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  • Lindsay Roels

L'oeuvre du mois-novembre


Lorsqu'on regarde des natures mortes, notre regard peut être attiré par une image étrange et morbide : un ou plusieurs crânes parmi des fleurs rares, des bijoux en cristal de roche, du gibier ou du poisson, de vieux manuscrits ou encore des instruments de musique... Mais pourquoi représenter une telle chose ? Y a-t-il un rapport avec Halloween ? Le crâne humain, symbole le plus fréquent de la Mort, est en fait un motif privilégié en peinture. À partir du XVIe siècle, il devient surtout un accessoire indispensable des natures mortes ou vanités. C'est bien simple, on le voit partout auprès d'objets brillants ou austères selon la sensibilité de l'artiste et son message : démontrer la vanité des richesses ou entraîner à la méditation en peignant des accessoires sévères. Le crâne est là pour nous rappeler que tous les éléments représentés, qui évoquent la vie et ses plaisirs, peuvent disparaître un jour, le jour où l'on meurt.

Reste que l'éventail des présentations du crâne est forcément limité (de face, de profil ou basculé) et les artistes finissent par en avoir fait le tour ! Alors, un siècle plus tard, un tournant s'amorce pour la peinture de vanités. Antonio de Pereda, auteur de grandes et riches natures mortes qui comportent un ou plusieurs crânes placés avec une quantité d'objets symbolisant les biens terrestres, peint plus sobrement en 1634 la "Vanité de Saragosse", avec trois crânes jaunes qui se détachent sur un fond rouge. Or cette vanité rappelle curieusement un autre petit tableau du même artiste espagnol "Nature morte aux noix" qu'il a peint la même année. Ces noix de grenoble ont la même couleur et les formes des crânes de Saragosse. Remarquez par exemple la demi-coquille évidée qui ressemble à la calotte d'un crâne qu'on aurait scié, et l'intérieur du fruit exposé sur la dalle, avec sa division en lobes et les replis que forme la chair, suggère une cervelle.

En fait, avec deux siècles d'avance, Antonio de Pereda expérimente ici une substitution dont Courbet fera usage notamment. Le crâne, au symbole trop explicite, usé à force d'avoir été trop exploité, va ainsi céder quelquefois la place à d'autres compositions allégoriques fondées sur des formes de la nature choisies pour la ressemblance qui les lie à la tête de mort traditionnelle, comme les grenades par exemple. Vous en conviendrez. Elles ont aussi un petit côté macabre quand on les admire de plus près. Mais le temps file... En somme, dites-vous que rien n'est "à la noix" dans les natures mortes ! . . .

Antonio de Pereda, Vanité, 1634, huile sur toile - Saragosse, musée des Beaux-Arts
Antonio de Pereda, Nature morte aux noix, 1634, huile sur bois - Espagne, collection particulière
Gustave Courbet, Les Grenades, 1871, huile sur toile - Glasgow, Burrell Collection

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