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  • Lindsay Roels

L’œuvre du mois-octobre

Paysage fluvial

Annibal Carrache (1560-1609), Paysage fluvial, v.1590-1599, huile sur toile, 88,3 × 148,1 cm © Washington, National Gallery of Art

L'automne est arrivé, mais pour les grand-e-s nostalgiques (comme moi) de l'été, j'avais envie de vous convier à une promenade au grand air pour faire le plein de chlorophylle. Voici un tableau du XVIe siècle d'Annibale Carracci, dit "Annibal Carrache" en français et intitulé "Paysage fluvial". Vous remarquez que le mot "paysage" est pleinement d'à propos dans ce tableau, puisque ce ne sont pas les petites figures humaines qui ont le premier rôle. Et pour cause. C'est l'un des premiers paysages peints pour lui-même ! Certes, il s'agit d'un paysage qui est reconstitué en atelier, à partir d'esquisses prises sur le vif. Car ce n’est que beaucoup plus tard, à la fin du XVIIIe siècle et surtout au début du XIXe siècle, que les artistes iront peindre directement la nature. Mais ici, le peintre italien cherche malgré tout à représenter la nature pour elle-même, comme élément principal de l'œuvre, et les petits personnages sur leur barque, relégués à l'arrière-plan, donnent la mesure de la grandeur de ce paysage. Dans cette toile, la nature est donc appréciée pour elle-même, et non pas pour l'histoire à laquelle elle servirait de décor. En outre, même si c'est un paysage en tant que tel, cela n'empêche pas une composition. Carrache cherche à proposer un idéal du paysage, et non une représentation fidèle d'un paysage existant. Ainsi cette nature est composée et s'organise en une suite de plans savamment échelonnés. Vous remarquez le zigzag des plans séquencés par une palette de couleurs bien particulière, qui guide le regard du premier-plan jusqu'au lointain. Sur une touche pastorale, le petit personnage avec sa gaule qui lui sert à pousser la barque, forme une diagonale qui pousse son contrepoint dans l'arbre massif en plein milieu de la composition et qui écrase presque ce petit personnage. Est-ce l'idée de la fragilité humaine dans la nature ? En tout cas, cela forme un triangle et on trouve l'écho de ce triangle dans l'arbre qui poussent entre les deux troncs de l'autre côté.


En ce sens, toute la composition est rythmée de manière complètement artificielle. Mais cela n'exclut pas pour autant les détails qui permettent d'insuffler une vraisemblable, venant ainsi nous plonger dans les environs marécageux de Bologne en Italie.

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