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  • Lindsay Roels

L'œuvre du mois-décembre


Pieter Brueghel l'Ancien, Chasseurs dans la neige, 1565, huile sur panneau de bois - Wien (Autriche), Kunsthistorisches Museum

Premières neiges à Montréal obligent. J'avais le goût d'évoquer un des plus célèbres paysages enneigés de l'histoire de l'art !

Mais avant cela, j'aurais une petite recommandation spéciale pour vous : sachez que la lecture du post ci-dessous s'apprécie d'autant plus devant un feu de cheminée, emmitouflé-e dans une couverture à motif montagnard (de préférence), un chocolat chaud à la main. Vous êtes prêt-e ? C'est parti.

Dans l'hémisphère Nord, au milieu du XVIe siècle, se produit une baisse anormalement forte des températures marquant un changement de climat que les climatologues ont appelé le "petit âge glaciaire". Un des hivers les plus froids dans la mémoire collective est celui de 1565, année où Bruegel l'Ancien peint les "Chasseurs dans la neige".

Dans cette composition enneigée se mêlent paysage et vie quotidienne. L'intérêt du peintre hollandais pour les inquiétudes de ses contemporain-es au sujet du climat changeant, et de son impact sur la société, l'amène à créer des représentations assez novatrices de scènes quotidiennes se déroulant dans cette campagne recouverte de neige. Il y oppose la beauté naturelle et un esprit communautaire à une angoisse réprimée, mais menaçante, visible par ex. dans les corps voutés des chasseurs qui rentrent chez eux, quasi bredouilles.


Dans ce tableau, même si le paysage est représenté de façon réaliste, la perspective est imaginaire et basée en partie sur les souvenirs de voyage du peintre. En effet, les Alpes, que Brueghel découvre en 1552, ont beaucoup influencé son style et on peut les voir dans ce célèbre tableau avec ces massifs montagneux très escarpés (peut-être même des glaciers) qui tranchent par rapport au terrain plat du village. Cette topographie n'est, de toute évidence, pas celle des Pays-Bas. Cependant, ces grands pans de roc et de neige ainsi que la palette de bleu et gris sont là pour souligner le froid extrême, qui s'impose sur l'activité du village. D'ailleurs, la communauté qui vit en contrebas reste affairée et active malgré le froid (ou plutôt en raison même de cela ?)

Ainsi, au lieu de capituler face au froid, les personnages font du patin ou de la luge, et jouent sur les lacs gelés. Mais ce n'est pas tout le monde qui s'amuse. Sur la gauche, brûle un grand feu grâce au mobilier en bois que des villageois n'hésitent pas à sacrifier. On voit bien que la vie résiste, bourgeonne, mais pas avec la robustesse des jours d'été. L'enseigne à demi décrochée de l'auberge oriente cette lecture en ce sens. Tandis qu'au premier plan, les chasseurs déterminés s'ouvrent un chemin dans l'épaisse neige...

Le contre-pied positif qu'offre ici Brueghel pour écraser les ombres que projettent ces montagnes de glace, est que, partout, on sent que les liens de la communauté se sont resserrés, de la même manière que la neige a unifié le paysage. Ce type de tableau est ce qu'on appelle des "scènes de genre" qui montrent des gens ordinaires dans leurs activités quotidiennes.


Lindsay Roels, Historienne de l'art, professeure

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